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Pour bien commencer l’année : un documentaire sur les violences sexuelles au travail !

le 2 janvier 2017
  

Mardi 3 janvier à 20h45 sur France 5 : HARCÈLEMENT SEXUEL, LE FLÉAU(1) SILENCIEUX

Demain soir, France 5 diffuse un documentaire d’Olivier Pighetti(2) auquel l’AVFT a apporté son concours, suivi d’un échange avec « Cristina », qui a été victime de harcèlement sexuel, Me Agnès Cittadini, son avocate, Sandrine Rousseau, économiste, enseignante-chercheuse et l’une des femmes politiques à avoir publiquement révélé le harcèlement sexuel commis par Denis Beaupin, et Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’AVFT.

Le réalisateur a suivi trois procédures pénales, dont deux dans lesquelles l’AVFT a été/est partie civile : celle de « Cristina », qui avait porté plainte pour harcèlement sexuel et moral contre son supérieur hiérarchique, dont nous avions rendu compte ici.
Celle de « Catherine », qui a porté plainte pour agressions sexuelles contre son employeur, le maire d’une petite commune, qui est toujours en cours.

Que toutes les deux soient à nouveau remerciées pour leur engagement, leur courage, leur volonté de justice, la justesse de leurs analyses, ainsi que Laury et Gwenaëlle, les deux jeunes femmes qui témoignent dans le documentaire dans la procédure devant le tribunal correctionnel d’Amiens et que nous ne connaissons pas. Nous leur adressons tout notre soutien pour le procès en appel.

Le résultat d’un an et demi de tournage est fidèle à la réalité que nous connaissons : des harceleurs et des agresseurs de tous milieux socioprofessionnels, citadins comme ruraux, des femmes, dont les témoignages sont saisis avec une grande finesse, qui se défendent, tentent de faire valoir leurs droits avec et souvent contre un service public de la justice gravement défaillant, qui parfois se ressaisit in extremis grâce à la présence d’une caméra, d’un micro, d’une plume ; Des responsables politiques, en l’espèce Pascale Boistard, ancienne secrétaire d’État aux droits des femmes, qui ordonnent : « Ne vous laissez plus faire et allez porter plainte  », comme si les femmes se laissaient faire et dans une injonction qui envoie les victimes, et de manière tout à fait consciente sauf à gravement méconnaître le traitement judiciaire de ces plaintes, dans un parcours semé d’embûches débouchant le plus souvent sur une impasse en forme de fin de non-recevoir dont l’État porte une immense responsabilité. Impasse qu’une procureure adjointe au parquet de Paris ne cherche même pas à dissimuler : «  On classe beaucoup de plaintes. On n’a pas la possibilité matérielle d’audiencer toutes les affaires ».

Les oreilles bien aiguisées tiqueront toutefois sur l’emploi de certains termes et expressions (« conflit » pour parler de harcèlement sexuel par exemple) et nous tenons à apporter des éclairages complémentaire voire alternatifs à ceux du film :

- M. V., contre qui Cristina avait porté plainte, a été condamné pour harcèlement moral (et non sexuel), la période de prévention étant antérieure à l’abrogation du délit de harcèlement sexuel par le Conseil constitutionnel le 5 mai 2012. Contrairement à ce qui est dit, il n’a pas été condamné à 12500 euros d’amende, mais à 5000€ d’amende, à verser 6000€ de dommages et intérêts à Cristina et 1000€ à l’AVFT. Il n’a pas fait appel de cette condamnation (ce qui aurait d’ailleurs permis au commentaire d’être à l’indicatif et non au conditionnel !).

- Nous nous inscrivons en faux contre l’affirmation selon laquelle, dans le dossier de Cristina, les preuves auraient été « fragiles » et, dans le dossier de Catherine, contre celle selon laquelle son employeur aurait été relaxé « par manque de preuves »... alors même que nous n’avons pas encore reçu le jugement ! Dans la procédure de Cristina, les preuves fourmillaient, comme le relève d’ailleurs notre collègue Laure Ignace dans le documentaire, qui était alors avocate dans le cabinet d’Agnès Cittadini. La Cour d’appel de Paris (chambre sociale) avait d’ailleurs déjà condamné l’employeur pour harcèlement sexuel et, in fine, le Tribunal correctionnel de Bobigny a également condamné le harceleur.

Quant au dossier de Catherine, ce que l’audience aura sans surprise révélé, c’est que ce ne sont pas les preuves qui ont fait défaut, loin s’en faut, mais une critique réaliste par le Tribunal correctionnel d’Évreux de l’allégation de consentement de son ancienne subordonnée par le mis en cause. Nous aurons prochainement l’occasion d’y revenir devant la Cour d’appel de Rouen, puisque Catherine, le ministère public et l’AVFT ont fait appel de la décision de relaxe.

Notez d’ailleurs que lorsqu’une représentante de l’AVFT est présente lors des procès montrés dans le film, ce n’est pas pour assister à l’audience depuis les bancs de la salle, mais pour représenter la constitution de partie civile de l’association ! Vous noterez également - vous comprendrez cette précision au visionnage du documentaire - que ni l’AVFT ni les avocat.es avec qui nous travaillons ne forcent jamais une plaignante à rentrer dans une salle d’audience si elles ne le veulent ou ne le peuvent et que nous nous insurgeons contre le fait de faire porter à des victimes la responsabilité de la commission d’autres violences sexuelles si elles ne portent pas plainte. Les seuls responsables sont les hommes qui les commettent.

Marilyn Baldeck

Notes

1. Pour une critique de ce terme, lire ce texte

2. Dont l’engagement authentique auprès de ces femmes était encore palpable ce matin sur France Inter


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